Franchement, j’ai vraiment du mal à trouver la Corée insolite. Au contraire, je m’y sens tellement à l’aise que cela en devient troublant. J’admets qu’au bout de 3 ans d’expatriation, j’ai forcément eu le temps de me familiariser avec mon pays de résidence mais d’un autre côté, je ne me souviens pas avoir subi la moindre difficulté d’adaptation ou ne serait-ce qu’une ébauche de choc culturel. J’irais même jusqu’à dire que j’ai souvent l’impression d’avoir été relâchée dans mon milieu naturel après avoir vécu des années de captivité.
Il faut dire que mes origines eurasiennes y sont probablement pour beaucoup. De plus en plus, je me rends compte à quel point mon éducation a pu être asiatique voire même confucéenne. J’ai bien essayé de m’y opposer durant une bonne partie de ma vie mais je reconnais qu’à présent, les lois de l’atavisme me sont bien utiles. En ce qui concerne mon apparence physique, je ne sais toujours pas si je ressemble à quelque chose de précis mais a priori, cela tient plus de l’Orient que de l’Occident. Quant à la difficulté de concilier mes deux cultures, je réalise que mes conflits intérieurs sont assez en accord avec ceux de la société coréenne, tiraillée entre le conformisme et l’élan créatif , l’insolence et le respect, la retenue et l’exubérance, l’ouverture et le repli. En tout cas, on peut dire que j’ai enfin trouvé chaussure à mon pied, au propre comme au figuré.
Cela étant, je suis loin d’être devenue coréenne à 100% et d’ailleurs, je m’en protège. Si j’ai jusqu’ici réussi à préserver mon équilibre, c’est surtout parce que je n’ai pas essayé de pousser l’intégration à son maximum. D’ailleurs, si je me laissais totalement absorber par la Matrice, je crois bien que je finirais rapidement par développer des troubles de la personnalité. Du coup, j’ai sérieusement compromis ma future carrière d’agent double mais cela ne m’a pas empêchée de mener l’enquête afin de pouvoir vous livrer quelques secrets sur l’entente franco-coréenne.
Langage crypté et autres codes secrets
Après quelques années d’acharnement linguistique, j’ai officiellement abandonné l’idée de parler ou de lire correctement le coréen. Adieu surinformation, matraquage publicitaire et agression urbaine. Bienvenue dans un monde de paix et de détente cérébrale. Depuis que j’ai renoncé à donner du sens à l’alphabet coréen, Séoul est devenue pour moi une grande galerie d’art contemporain, parsemée de caractères ésotériques et néanmoins esthétiques. J’ai quand même appris à déchiffrer le Hangeul mais à part les stations de métros et les menus des restaurants, la lecture du Coréen me fait autant d’effet qu’une partie de Sudoku.
Du coup, c’est un peu plus difficile de s’infiltrer dans certains milieux très fermés sans se faire remarquer. Bien sûr, il y a parfois des situations où mon vocabulaire de survie trouve ses limites mais en général, il me suffit d’appeler un ami ou de demander l’avis du public pour pouvoir dire mon dernier mot (ou plutôt mon premier). Après tout, j’ai la chance de pouvoir communiquer en anglais avec la plupart de mes contacts coréens, ce qui a l’avantage de nous mettre sur un pied d’égalité. Nos conversations ne sont pas toujours très subtiles mais elles m’apportent suffisamment de renseignements généraux pour alimenter mon rapport.
J’apprends donc que les Coréens sont autant amoureux de la France que de langue française dont ils apprécient la clarté, la grâce et le raffinement. Ils sont cependant peu nombreux à choisir de l’étudier et dans la majorité des cas, ce sont des femmes. Au-delà de sa musicalité, le français véhicule en effet tout un univers d’élégance, de culture et de sophistication qui n’a rien de déplaisant. N’est-il pas la langue des diplomates, des intellectuels et des gastronomes ? Il peut donc être perçu comme un signe de distinction ou même un accessoire de luxe. Malgré cette forte valeur sociale ajoutée, la langue de Molière ne fait pas beaucoup d’adeptes au pays du matin calme. A l’instar du service militaire, son apprentissage est long, difficile et fort peu utile par les temps qui courent. De plus, la prononciation du français sollicite un nombre phénoménal de muscles vocaux, ce qui n’est pas vraiment très esthétique. De ce fait, les Coréens ont coutume de dire que l’apprentissage du français commence par un sourire de fierté et se termine dans des larmes de déception. Ils sont donc de moins en moins à se torturer le gosier alors qu’ils sont de plus en plus fous de la France. C’est du moins ce que je lis dans les media francophones. J’en conclus donc qu’aimer un pays ne suffit pas pour vouloir en parler la langue, et réciproquement.
Le code da Kimchi
Je l’ai déjà dit, ma capacité d’adaptation a ses limites et mon horloge interne française ne me permet pas toujours de me réveiller à l’heure. Etant une fois de plus en retard ce matin, je décide de prendre un taxi histoire de montrer à mes collègues que moi aussi, je peux arriver avant le chef. N’ayant pas de temps à perdre en civilités mais ne souhaitant pas non plus finir à l’hôpital, j’accepte de céder mon tour à l’ajuma qui attend derrière moi. En revanche, pas de pitié pour les Caucasiens. Une fois installée dans mon bolide, j’indique ma destination au chauffeur: « City Hall ». Celui-ci se retourne l’air soucieux et commence à me raconter sa vie. Ah, il est sourd peut-être. Je lui crie donc dans les oreilles « CIIIIIIITY HAAAAAAALLLLLL !!!!!» en essayant d’articuler le mieux possible. Toujours pas de réaction, si ce n’est un début d’agacement. Bon, si j’essayais de prononcer tout cela à la Coréenne, peut-être que cela le calmerait ? « CHITI HEOL ! ». Toujours rien hormis un début de courroux. Ah oui, je suis bête, j’oubliais qu’il fallait parler coréen en Corée et donc ce n’est pas « City Hall » qu’il faut dire mais 시 청. Je demande donc à mon chauffeur de se diriger vers Chichon. Je vois à son expression que je lui inspire maintenant de la compassion teintée de pitié. Du genre, dis-moi tout de suite que tu t’es sauvée de l’asile et je t’y conduis immédiatement et gratuitement. Ajoshi ! Je suis vraiment pressée là, je n’ai pas vraiment le temps de rigoler. Tiens, j’ai une idée. Et si je lui disais d’aller à Tchichone ? Non, toujours pas ? Chi-chong peut-être? Euréka, j’ai trouvé le code magique, la carotte qui va enfin faire avancer mon bourricot. Oh mais … Oh la la ! Où est-ce qu’il va, là ? Je sais bien moi que ce n’est pas le chemin pour aller à Chichong. Stop ! Yeoggi stop ! J’ai dit Chichong, pas 신홍(Shinchon) ! Et c’est à ce moment que le Monsieur me dit «Faudrait savoir ma p’tite dame. Vous vous croyez où, là ? ». Bon, je crois que délire un peu. En fait, il me dit simplement: « You go to City Hall ? » Moi je ne dis plus rien, comme cela ça fera deux têtes de mule. Il essaie maintenant de m’amadouer : « Where are you from? ». Allez, on fait la paix. « I am French». « What ? ». « Peurangseu !!! You know… Pari Paguette, Djidanni, Charkodji ! And méchants taxi drivers”.
L'enquête coréenne
Puisque je manque visiblement d’objectivité, j’ai décidé de procéder à quelques interrogatoires au sein de la communauté française résidant à Séoul. Objectif de ma mission : collecter de précieuses informations sur leur perception de la Corée et surtout de sa population indigène. L’opération est d’autant plus périlleuse qu’il est parfois difficile d’obtenir autre chose que des louanges ou des soupirs de satisfaction de leur part. A la rigueur quelques plaintes furtives mais pas grand-chose en rapport avec la légendaire propension des Français à tout critiquer.
Je décide donc d’enfermer quelques cobayes humains dans un espace clos, sans aucun contact avec l’extérieur. Je les laisse ensuite s’exprimer librement sur tout et n’importe quoi sans chercher à les interrompre. Vu que la conversation tarde à démarrer, je leur sers quelques substances alcoolisées, censées les détendre et leur faire dire la vérité. J’entame ensuite la phase de déclenchement de la conversation. « Et à part ça, quoi de neuf » ? Après un laps de temps inversement proportionnel à la quantité d’alcool ingérée, ça y’est, on commence à parle d’Eux. Euh, vous avez bien dit Eux? Les Locaux quelle question!
Voici en exclusivité le compte-rendu édifiant de ces confessions.
Au début, on n’ose pas trop parler de ses petits problèmes, un peu insignifiants par rapport à tous les avantages de la vie d’expatrié. Honnêtement, on est bien contents d’avoir quitté la France et sa crise chronique. D’ailleurs on évite de trop regarder TV5 tellement c’est déprimant. Bon, le climat est un peu dur en Corée mais on finit par s’y habituer. Rien à voir avec celui de la France, invariablement pourri. Côté niveau de vie, c’est vrai que tout est plus cher ici mais en même temps, on arrive quand même à s’en sortir. Sauf qu’on ne trouve jamais ce qu’on veut dans les supermarchés, d’autant plus que tout est écrit en Coréen, c’est quand même incroyable quand en pense au nombre phenoménal d’expats français en Corée. Il n’y a quand même pas que l’anglais dans la vie. Aucun effort pour se faire comprendre, ça ne donne vraiment pas envie d’acheter. Les Coréens ? Ils sont vraiment sympas, toujours souriants, toujours prêts à rendre service. Pas contrariants du tout, limite complaisants. Et travailleurs avec ça. Pas comme chez nous. Les vacances, ils ne connaissent pas et les 35 heures, c’est de la science-fiction. On dirait qu’ils passent leur vie à bosser ou à étudier. C’est dingue, quand on arrive au bureau ils sont déjà là et quand on repart, ils sont toujours là. A croire qu’ils dorment sur place. Et pourtant, on a des horaires de folie nous aussi. Remarque, cela dépend de leur position dans la hiérarchie. Le grand chef tout-puissant doit montrer l’exemple mais il n’est pas obligé de faire de la présence puisqu’il est omniprésent, en pensée et en photo sur tous les murs. Il gagne beaucoup d’argent mais en même temps, c’est lui qui mène la barque et puis comme il est incapable de déléguer, il faut bien qu’il passe sont temps à tout contrôler. Ceux qui sont tout en bas de l’organigramme travaillent énormément sans savoir vraiment à quoi ils servent. Leur objectif principal c’est de faire plaisir au grand chef et de ne pas trop se faire injurier par le sous-chef, encore appelé Directeur ou Manager. En général, ils ont assez mal payés et n’ont donc pas trop envie de prendre des initiatives ni de faire les malins. Pas moyen de les écarter de leurs tâches de base ou sinon c’est la panique à bord. Pas évident non plus de leur demander leur avis personnel. D’un autre côté, ils ne discutent jamais les ordres et se montrent à prêts à tout, sauf qu’ensuite on doit tout vérifier parce que quand ils disent oui, ça veut aussi dire « je vais tout faire pour ne pas nous faire perdre la face mais je ne te garantis rien dans les faits parce je ne suis pas censé faire des choses qui ne sont pas de mon ressort et puis je ne vais pas passer mon temps en explications parce que sinon ça va faire des vagues et tu sais très bien que le Directeur a horreur de ceux qui cherchent à se faire remarquer. Donc si tu es sympa tu vas faire comme si tout était sous contrôle et surtout tu vas également te taire parce que sinon, je te promets que ça va être ta fête à la soirée barbecue ». Bilan, on finit par tout faire soi-même. De leur côté, les sous-chefs sont généralement trop payés pour ce qu’ils font, c’est-à-dire pas grand-chose si ce n’est donner des ordres, faire les malins et hurler dans les oreilles de leurs subalternes. Enfin, on comprend mieux pourquoi tout ce petit monde ne rêve que d’une chose après le bureau : se saouler pour oublier la pression, les humiliations, le stress et l’épuisement. Et ensuite, ils avalent des tonnes de vitamines pour réparer les dégâts. Evidemment, on est un peu obligé de se conformer à leurs rites expiatoires, c’est la seule façon de se faire accepter. Franchement, ce n’est pas évident de vivre en Corée mais on rigole bien. Fin de l’interrogatoire.
Vous comprendrez bien qu’il s’agit d’un témoignage masculin totalement fictif. Pour les femmes, je préfère laisser la parole aux autres membres de l’équipe de rédaction.
Le syndrome coréen
Il y a vraiment des jours où les héros sont fatigués. Depuis que j’ai accepté cette mission coréenne, je suis sur les rotules mais je ne vais pas me plaindre car je vis des aventures humaines assez extraordinaires … donc épuisantes. En force de fréquenter le peuple coréen, j’ai paradoxalement appris à me protéger davantage et à me fixer des priorités. Je suis un peu plus méfiante et moins indulgente vis-à-vis des vampires ou autres bouffeurs d’énergie. En dehors de toutes ces bonnes résolutions, je reste incapable de refuser quoi que ce soit aux Coréens. Je n’en éprouve aucune humiliation ni rancœur car j’ai toujours la naïveté de croire qu’ils me sollicitent pour ce que je suis et non pas pour ce que je représente, sans intention de manipulation. D’ailleurs, je n’ai pas grand-chose à leur apporter si ce n’est mon amitié, mes coups de pouce ou encore quelques mises en relation. Côté retour d’ascenseur, je n’ai pas à me plaindre sauf évidemment si je suis au 4ème ou au 13èeme étage.
Je n’ai pas la prétention de croire que ma petite expérience perso peut changer la face du monde, mais si je devais donner un seul conseil sur la façon d’aborder la Corée, je serais tentée de suggérer la transparence et la sincérité. Il est donc inutile de perdre son temps en analyses, manœuvres ou conspirations. La société coréenne est avant tout spontanée, courageuse, attachante et pleine de bonne volonté. Il ne faut pas oublier qu’en à peine 50 ans, la Corée est arrivée à passer de la misère à l’opulence tout en réussissant à conserver un minimum d’intégrité et de valeurs. Elle a su conserver son identité en dépit des invasions qu’elle a subies et malgré sa relative américanisation. De ce fait, les Coréens ont parfois un comportement maladroit de nouveaux riches et d’enfants gâtés. On les dit élitistes, intéressés, opportunistes et obsédés par les apparences et les convenances. On pointe du doigt leur goût pour tout ce qui brille et/ou porte une marque. Mais qui peut le leur reprocher ? Pas les expatriés en tout cas. Et encore moins les expatriés français.
Pour finir sur une note un peu moins sentencieuse, voici à présent l’épisode n° 51 des aventures insolites et néanmoins véridiques de l’agent double CGH 040, dit la taupe secrète.
Opération « Deagu profond».
Objet de la mission : cette fois-ci on me demande de participer au Festival International de la Gastronomie de Daegu afin d’y représenter la France. L’organisateur prend contact avec moi par voie téléphonique et après avoir obtenu mon accord de principe, celui-ci me demande de ne pas oublier mon « cooking attire ». Sure, of course, no problem. Après avoir raccroché, je commence à réfléchir (comme d’habitude, toujours un peu trop tard) : à moins de me trouver en présence d’un faux-ami ou autre abus de langage, je crois bien que le monsieur me demande d’apporter ma tenue de cuistot. Comme par hasard, il ne répond plus à mes appels. Je lui envoie donc un email afin de lever ce doute qui commence à me ronger. «Cher Monsieur X, je vous remercie pour votre aimable invitation et serai très heureuse de représenter mon pays lors de votre festival. Je tiens cependant à lever un éventuel malentendu qui pourrait nous mettre tous deux dans l’embarras : je ne suis pas une professionnelle de la restauration et ne peux donc apporter mon cooking attire avec moi. J’ai en revanche un tablier qui pourrait faire illusion mais je n’ai point de toque». La réponse ne se fait pas attendre: « Quel que soit votre métier, je vous attends avec impatience». Cela ne me rassure pas pour autant car s’il suffit de ressembler à une chef française pour le contenter, je ne suis pas sûre d’être très représentative. Le jour J, je suis accueillie par la femme de l’organisateur, après avoir dû me lever à 4h du matin comme c’est le cas pour la plupart de mes missions. Son regard paniqué me donne l’impression d’être une bluffeuse démasquée. Ses premiers mots me le confirment « Mais où est votre tenue de Chef ? (my cooking attire, quoi)». Je m’attendais plutôt à : « Vous êtes sûre que vous êtes Française ?». Je reste de marbre (difficile d’être plus blanche) et lui explique que son mari m’a dit de venir « en l’état ». Nous le rejoignons donc sur les lieux du crime et après avoir obtenu son absolution, j’assiste avec soulagement au tour de force des chefs Italien, Russe, Américain et Laotien. Un voile pudique recouvre le stand de la France et franchement, je trouve cela très amusant.
Par la suite, j’ai dû sacrifier quelques week-ends et encore plus de grasse matinées pour aller à Yongpyong (croyant initialement qu’il s’agissait de Pyongyang), à Gyeongju, à Jeju, à Daejon, à l’aéroport, à l’Assemblée Nationale, à l’hôtel, au bureau, dans la grande banlieue de Séoul … Et c’est loin d’être fini. Franchement, j’aurais tort de m’en priver.
Alors, insolite la Corée ? Je dirais plutôt unique, forcément. Pas moyen en tout cas de rester indifférent aux coréens, souvent inattendus mais finalement très humains. Après tout, l’enfer n’est –il pas pavé de bonnes intentions ?
Cadeau Bonus
De Rica à Ibben, à Smyrne.
« Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: " Ah! ah! Monsieur est Persan? C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan? »
A Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1712, extrait de l’œuvre de Montesquieu « Lettre Persanes, Lettre n°30 ».
Writen in April 2009